dimanche 20 septembre 2009

Il Supplicie, Atrocement Son Epouse

Avant la constitution du tribunal criminel, B. Abdellah devait opter pour l'un des trois avocats qui étaient présents pour le défendre. Il a refusé les deux hommes et avait fixé son choix sur une jeune robe noire "qui, disait-il, était la seule qui m'avait rendu visite, lors de ma détention et surtout la ville de mon procès". B. Abdellah quarante-trois ans, sans profession, est marié et père de cinq enfants. Un crâne dégarni, les cheveux poivre-sel, une fine moustache, de taille moyenne, trapu il se tenait à la barre raide et répondait calmement sérieusement aux différentes questions du président, du procureur et de son avocate.
Il était accusé de faits très graves. Il avait martyrisé son épouse à mort. Il avait mis de l'huile à chauffer dans une poêle, préparé de l'acide, une seringue et une tondeuse. En ce 18 septembre 2006, les choses et l'atmosphère se sont envenimées au sein du couple qui avait pourtant vécu et cohabité vingt ans durant. Abdellah cognait son épouse. Celle-ci répondait aux griffes, coups de poings et de pieds, qu'elle partirait et referait sa vie. Elle se servait d'un langage provocateur, diminuant et le criait sur tous les toits. C'est ce qui agaçait, de plus en plus, le mari.
Il lui ligota les mains et les pieds, lui rasa les cheveux. Il déversa l'huile bouillante sur les membres supérieurs et inférieurs de sa femme qui hurlait de douleur. Il recommença l'opération au visage, sur la tête. Avec sa seringue,i1 laissa le liquide acidulé tomber, goute à goute, sur les autres parties du corps sans défense. B. Abdellah était sourd, indifférent, aux cris de bête blessée de sa "douce moitié".
Il n'arrêtait de lui reposer la question : "Si elle devait partir et refaire sa vie ailleurs". Malgré la pénible souffrance, Salima acquiesçait et narguait son mari qui redoublait de sauvagerie. Les coups pleuvaient, il ne pouvait tolérer que sa "charmante" femme s'en aille. Ces réponses lui brisaient le cœur. Il ne s'était pas contenté de. ces moyens barbares. Il s'était mis à cogiter avec rage ce corps inerte, car elle a perdu connaissance. Pris de panique, Abdellah détacha la malheureuse et se sauva. Ce martyre a duré trois heures. Salima avait souffert cruellement, seule sans le secours de ses voisins.
Personne n'avait entendu ses cris de détresse, de désespoir alors que ses enfants étaient absents. Péniblement, Salima s'était dirigée vers le dispensaire du village de Teleghma (wilaya de Mila) d'où elle a été évacuée vers le CHU de Constantine dans un état critique. C'était un spectacle ahurissant, effarant, pétri¬fiant d'une loque qui a franchi les portes de la polyclinique. Les passants tentaient de lui porter secours mais en vain. Dans un effort surhumain, elle s'était retrouvée devant les blouses blanches. Des commentaires se faisaient au détriment de la réalité. Un quart de son corps a été l'objet de brûlures très profondes, gin visage méconnaissable. Elle a été mise sous surveillance permanente et est restée vingt-cinq jours luttant contre la mort.
C'était un miracle de la voir revenir à la vie après qu’elle ait subi le martyre, quatre opérations chirurgicales. Son fœtus n'a pas pu être sauvé. Revenant à la vie, Salima se voit complètement défigurée. De très larges traces marquent la quasi-totalité de son visage, jadis rayonnant, charmant, adorable et joyeux. Ses quatre membres garderont, éternellement, des marques de sauvagerie faites par un mari jaloux ?peut-être . Arrêté, B. Abdellah avait relaté les faits dans ses détails. Mis en détention préventive, il comparut devant le tribunal criminel conformément aux articles 263 et 263 bis alinéa 01 du code pénal. En l'absence de sa victime, Abdellah avait narré les différentes péripéties qui avaient précédé cet acte odieux d'une voix claire, calme et audible qui avait glacé les assistants. Est-il conscient ? Le parquet, requit sept ans de réclusion criminelle à l'encontre de l'accusé.
La défense, maître Chougui Zehira, a bravement remis en cause les faits relatés dans l'arrêt de renvoi "Mon mandant, disait-elle, vivait la hantise et était la moquerie, la risée de son voisinage, de son entourage suite aux jaseries de son. Elle n'arrêtait nullement à la moindre dispute à colporter, à propager dans son entourage qu'elle quitterait son mari pour refaire sa vie. Et de poursuivre, quel homme pouvait-il supporter ces propos d'une extrême gravité ? Mon client est connu dans son voisinage pour sa probité, sa droiture. Il ne cherchait point à nuire, davantage, a sa femme. Lors de la torture, elle n'arrêtait pas de le narguer, de le pousser à bout. Ce n'est qu'un homme qui a été blessé, durant des années, dans son amour-propre. Il ne voulait que lui donner une leçon et lui faire comprendre qu'elle était et demeure sa moitié. Aidons-le à retourner chez lui où l'attendent ses enfants et évidemment son épouse'', terminait maître Chougui Zehira.
Appelé à dire son dernier mot, Abdellah avait insisté qu'il voudrait reprendre son épouse et continuer à élever leurs enfants. Après les délibérations, le tribunal criminel de Constantine a condamné Abdellah à trois ans ferme. Reprendra-t-il normalement la vie conjugale? L’avenir nous le dira, dira-t-il, il s’était lancé un défi.
Amar MEZGHICHE

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